Je suis un beatmaker, ça veut dire que je suis un compositeur ?

Temps de lecture : 6 min

L’activité de beatmaking s’est largement démocratisée en France ces dernières années, grâce à l’accessibilité des outils pour le pratiquer et à la force de frappe que permettent les réseaux sociaux. 

Au point où ce phénomène brouille les contours de ces compétences, souvent confondues avec celles des producteurs de musique. Pourtant, déterminer son rôle dans l’industrie musicale est nécessaire pour connaître ses droits, et donc se savoir ce qui t'est dû.

Spoiler : oui, si tu es beatmaker, tu composes de la musique. On préfère te le dire tout de suite, comme le métier n’est pas systématiquement bien cadré, donc payé, quand un projet musical prend forme. Pour mettre les points sur les i, on te propose un focus sur le rôle de beatmaker et ses origines, afin de clarifier ensuite ses liens et différences avec les métiers de composition et production, puis comment être payé pour la création de beats. 

D’où vient le beatmaking ?

Les termes beatmaking et beatmaker apparaissent aux États-Unis à peu près en même temps que le rap à la fin des années 1970s. Même si depuis tous les genres ont recours à ces compétences, elles sont intimement liées à ce genre.

Un morceau de rap consiste en une boucle rythmique, c’est-à-dire la répétition en continu d’un bout de titre, sur laquelle on pose les paroles ou flow de l’interprète. Cette boucle est créée à partir d’un sample, un son capturé ailleurs et cuisiné à une nouvelle sauce jusqu’à devenir la partie instrumentale d’un morceau neuf, le beat

Le travail ainsi accompli est mené par les beatmakers, capables de fabriquer du neuf avec de l’ancien, de composer un instru sans instrument ni formation de solfège classique. Par exemple, l’instrumental de « Rapper’s Delight », morceau phare du Sugarhill Gang sorti en 1979, est tiré de la ligne de basse du titre « Good Times » de Chic de la même année.

La progression du rôle de beatmaker fait écho à celle de ses outils et inversement : de la boîte à rythmes à la groovebox, en passant par les logiciels et les échantillonneurs, c’est la maîtrise de ces moyens de création qui définit les compétences de beatmaker et celles-ci dessinent de nouveaux besoins auxquels les technologies répondent.

Comme ils permettent d’exploiter des extraits de piano, synthétiseur, guitare et autres instruments de musique, ces outils (hardware et software) rapprochent justement les beatmakers qui les utilisent des compositeurs classiques formés au solfège. 

Le beatmaking est issu du rap et consiste à l’origine à créer un instrumental ou beat, en reprenant des rythmes existants pour en créer de nouveaux (sampling ou échantillonnage en français). Il partage son histoire avec ce genre, mais aussi avec les évolutions techniques des outils qui permettent sa pratique.

C’est quoi exactement un beatmaker ?

Finalement, il suffit de traduire littéralement la sémantique pour comprendre le terme. Beat vient de l’anglais et veut dire « rythme » tandis que maker signifie « créateur ». On obtient donc « créateur de rythme » qui décrit bien le rôle : le beatmaker conçoit l’instrumental d’un morceau de musique. C’est lui qui crée et agence les éléments qui le composent. On considère alors qu’il est compositeur, même si ça n’est pas toujours un statut valorisé par l’industrie de la musique.

Pourquoi cette dévalorisation ? Premièrement, le sampling était d’abord perçu comme du vol dans le métier et par les organisations de gestion collective des droits d’auteur. Elles ont donc pris longtemps à adapter leurs règles et reconnaître le beatmaking comme de la composition mélodique. Ensuite, il n’est pas nécessaire de savoir faire du solfège pour maîtriser les outils tech de composition musicale. Cette nuance invite parfois les acteurs, en dehors du rap, à estimer que les beatmakers sont moins compétents que les compositeurs à la formation instrumentale plus classique. 

Ceci dit, le métier est de plus en plus valorisé en France et les beatmakers trouvent désormais leur place au cœur des conversations des fans de rap. On pense à Skread qui crée des beats pour Orelsan et Le Motif qui bosse avec Niska, Booba ou encore PLK.

Il est aujourd’hui possible de faire carrière en tant que beatmaker, des compétences valorisées au point où des beatmakers invitent à leur tour des rappeurs à collaborer à leur projet. La preuve avec Myth Syzer et ses projets Bisous et Bisous mortels où on retrouve non seulement Ichon et Hamza, mais aussi Doc Gynéco et Roméo Elvis. Pareil pour son acolyte Ikaz Boi qui sort Brutal et Brutal 2 avec les voix d’Ateyaba, 13 Block, Damso ou encore Leto. 

Bon à savoir : il existe aussi des beatmakers qui se font connaître grâce à des type-beats, autrement dit des beats dont le titre indique de quel style d’artiste la création s’inspire. C’est ainsi que RJacksProdz et Masta se font connaître avant de collaborer avec Kaza et Naps.

Le beatmaker conçoit l’instrumental d’un morceau de musique et est donc compositeur. Si tu as ce rôle, il est important de clarifier ton statut en amont d’un projet de création collaborative pour protéger tes droits.

Je suis beatmaker, compositeur ou producteur ?

Pour t'aider, on te donne un portrait rapide de chaque rôle et on te répète encore que l’essentiel afin que tout se déroule bien lors d’un projet, c’est de communiquer à propos de tes fonctions auprès de tes collaborateurs. 

Les beatmakers composent l’instrumental d’un morceau, généralement de rap. Leur rôle peut consister aussi à l'arranger avec des effets sonores, de nouveaux choix d’instruments, etc. Conclusion, beatmakers = compositeurs.

Entre les anglicismes et le jargon musical, les rôles de beatmaker et producteur sont souvent confondus. En France, il existe deux types de producteurs : 

  • Le producteur aussi appelé directeur artistique, qui chapeaute la création d’un morceau de A à Z en supervisant tous les métiers créatifs qui y participent. En gros, il gère ce qui se passe en studio d'enregistrement.
  • Le producteur aussi appelé producteur exécutif, responsable des financements et de la promotion de l'œuvre musicale. Lui s’occupe de ce qui arrive en dehors du studio.

Il n’est pas impossible qu’une personne cumule ces rôles avec celui de beatmaker, ce qui est d’ailleurs souvent le cas aux États-Unis.

Un beatmaker est un compositeur de morceaux de rap ; Un producteur ou directeur artistique chapeaute les personnes qui travaillent en studio à une œuvre collaborative ; Un producteur de musique finance les frais de création et de promotion de l’œuvre. Aussi, une même personne peut occuper plusieurs de ces postes.

Comment je suis payé pour mes beats ?

Encore une fois, ça dépend des situations. Généralement, un beatmaker met son travail en ligne quand il débute (beats libres de droits),  les vend directement à un artiste (beats sous licence exclusive ou non exclusive) ou suite à une commande (beats sur mesure). Dans tous les cas, le beatmaker est au départ propriétaire de son instru, son master. Pour t’expliquer, on se base sur les licences proposées par la plateforme All-Beats.com où tu peux vendre tes beats (au prix de ton choix) ou en acheter.

Quand les beats sont gratuits et libres de droits, les personnes qui l’utilisent ne peuvent pas les commercialiser, diffuser en dehors d’internet, modifier, sampler, réarranger. Il n’y a pas de cession de droits musicaux ni d’échange financier.

Si les beats sont sous licence exclusive, le beatmaker les cède à un utilisateur unique qui le compense pour l’exploitation commerciale de son master avec un forfait et sur une durée limitée par celle des droits d’auteur. L’utilisateur ne devient pas pour autant propriétaire du master et ne peut pas utiliser les beats en les laissant intacts, il doit les intégrer à un nouveau morceau. Ce contrat concerne l’usage des beats à la télévision, à la radio, lors de concerts, pour enregistrer un morceau vendu ensuite en stream ou sur support physique. Bref, tout sauf la synchro en ligne

Si les beats sont sous licence non exclusive, le principe est le même, mais ils peuvent être vendus à plusieurs personnes. Dans ces deux cas, les beatmakers peuvent accéder à leurs redevances en tant que co-compositeur, ça dépend du contrat de licence dont il convient avec l’utilisateur.

Ensuite, il y a les beatmakers à la carrière plus mature, dont le travail fait l’objet de commande. Dans les cas où les beats sont créés sur mesure, c’est-à-dire commandés pour servir d’instrus à des morceaux, l’utilisateur du master paie pour en devenir propriétaire. Quand un beat est utilisé ainsi son beatmaker devient le compositeur (ou co-compositeur) de ce même morceau. À ce titre, il touche une partie des droits d’auteur générés par la commercialisation du morceau final. Pour y accéder, il est adhérent d’une Entité de Gestion Indépendante comme Bridger ou d’un Organisme de Gestion Collective et on t’en parle en détail ici

Un beatmaker met son travail en ligne quand il débute (beats libres de droits et parfois gratuits), ou le vend directement à un artiste (beats sous licence exclusive ou non exclusive) contre un forfait et des droits d’auteur en tant que co-compositeur selon le contrat de licence, ou parfois suite à une commande (beats sur mesure) où il est crédité comme compositeur. Dans tous les cas, le beatmaker est au départ propriétaire de son instru et il faut négocier en amont son forfait et la proportion de ses droits de compositeur versus la totalité des droits d'auteur pour se protéger financièrement.

Beatmaking has been widely democratized over the past couple of years as a result of two main factors: more and more tools are being developed to simplify music production, while social media continue to expand and grow. This has led to the creation of many communities where it’s extremely easy to find beatmakers and other assistance of this kind.

The role of a beatmaker is nevertheless still often compared with that of a producer. Yet, protecting yourself financially in the music industry depends on knowing your rights and that depends on your role within the industry being clearly defined.  

Spoiler: yes, if you're a beatmaker, you are a composer of music. We prefer to tell you right away, as your profession has not yet been consistently framed and defined, meaning that payment for your role in musical projects is also not yet so consistent. To get things a bit straighter, we are offering this focus on the role of beatmaker and on its origins. In this way we can establish a clearer picture of its links to, yet differences from, the professions of composer and producer. Then we’ll be in a better position to cover how you should be paid for the creation of your beats.  

Where does beatmaking come from?

The terms beatmaking and beatmaker appeared in the United States around the same time as rap in the late 1970s. Although all musical genres have used these skills since then, they remain intimately linked to rap.

A rap song consists of a rhythmic loop – the continuous repetition of a piece of music – on which the lyrics and flow of the performer are placed. This loop is created from a sample – a sound captured elsewhere and cooked in a new sauce until it becomes the instrumental part of a new track: the beat!  

The work thus accomplished is carried out by beatmakers, whose skill is thus to make something new out of something old, to compose an instrumental without any instrument or classical music theory training.  

For example, the instrumental of ‘Rapper's Delight’, the Sugarhill Gang’s flagship track, released in 1979, is taken from the bass line of Chic’s ‘Good Times’ from the same year.

The progression of the beatmaker’s role echoes that of his tools, and vice versa: from the drum machine to the groovebox, via software and samplers, it is the mastery of these means of creation that defines the beatmaker’s skills, and these define new needs to which the technologies respond.

As they enable the use of pianos, synthesizers, guitars and other musical instruments, these tools (hardware and software) bring the beatmakers who use them closer to classical composers trained in music theory.

Beatmaking originated in rap music and originally consists of creating an instrumental or beat by using existing rhythms to create new ones (sampling). It shares its history with this genre, but also with the technical evolution of the tools that enable its practice.

What exactly is a beatmaker?

A synonym of the term ‘beatmaker’ might be ‘creator of rhythm’, which describes the role well: the beatmaker conceives the instrumental part of a track. It is he who creates and arranges the elements that compose it. He is then considered as a composer, even if it is not always a status valued by the music industry.

Why this devaluation? First, sampling was initially perceived in the industry and by the collective management organizations as theft. So, they took a long time to adapt their rules and recognize beatmaking as melodic composition. Second, it is not necessary to know about music theory to master the tech tools of musical composition. This nuance sometimes leads people from outside the rapping world to believe beatmakers are less competent than composers with a more classical instrumental background.  

That said, the profession is increasingly valued around the world and beatmakers (often called ‘producers’ in the US) are now at the heart of conversations among rap fans. We think of Metro Boomin from Atlanta who works with Migos or Future, the Belgian Le Motif, who produced for all the big names of French rap, like Niska and Booba, or the German PVLACE, who composed for Young Thug.

Good to know, there are also beatmakers who are known thanks to type-beats – in other words, beats whose title indicates which artist’s style the creation is inspired by.

The beatmaker conceives the instrumental part of a track and is therefore a composer. If you have this role, it is important to clarify your status before a collaborative project to protect your rights.

Am I a beatmaker, composer, or producer?

To clarify the subject, we give you a quick portrait of each role and we repeat that the best way to ensure the success of a project is to communicate clearly about your functions with your collaborators.  

Beatmakers compose the instrumental for a song – usually rap. Their role may also include arranging it with sound effects, new instrument choices, etc. Conclusion: beatmakers = composers.

Between the anglicisms and the musical jargon, the roles of beatmaker and producer are often confused. In fact, the real role of the music or record producer is to supervise and accompany the creators of a track or a project, either artistically and/or financially. A beatmaker is therefore considered a producer if he also combines these tasks.

A beatmaker is a composer of rap songs; a music or record producer artistically supervises the people working in the studio on a joint work and/or finances the costs of creating and promoting the work. If the beatmaker does all of this, he or she is considered a producer.

How do I get paid for my beats?

Again, it depends on the situation. Generally, a beatmaker puts his work online when he starts (royalty-free beats), sells them directly to an artist (beats under exclusive or non-exclusive licence), or in exchange for a commission (custom beats). In all cases, the beatmaker is initially the owner of his instrumental – his master.

In this explanation, we are basing ourselves on the licences proposed by the platform All-Beats.com, where you can sell your beats (at a price of your own choosing) – or buy some.

When beats are free and royalty-free, the people who use them cannot commercialize them, diffuse them outside the internet, modify, sample or rearrange them. There is no transfer of musical rights or any financial exchange.

If the beats are under exclusive licence, the beatmaker gives them to a single user, who compensates him for the commercial exploitation of his master, with a fixed price and for a limited period of time. The user does not become the owner of the master and can only use the beats by integrating them into a new song: he cannot leave them intact. This contract concerns the use of the beats on television, on the radio, during concerts, or to record a song which would then be sold either through streaming or on physical support – in short, everything except the online sync.  

If the beats are under a non-exclusive licence, the principle is the same, but they can be sold to several people. In both cases, the beatmakers can access their royalties as co-composers, depending on the licence agreement with the user.

Then there are beatmakers with more mature careers, whose work is commissioned. In cases where the beats are custom-made – i.e. commissioned to be used as instrumentals for songs – the user of the master pays to own it. When a beat is used in this way, the beatmaker becomes the composer (or co-composer) of the same song. As such, he gets a part of the royalties generated by the commercialization of the final track. To access it, he is a member of an independent management entity like Bridger, or a CMO/PRO.

A beatmaker puts his work online when he starts out (royalty-free beats and sometimes free) or sells it directly to an artist (beats under exclusive or non-exclusive licence) for a fixed price and royalties as a co-composer, according to the licence contract, or sometimes following an order (custom beats) where he is credited as a composer. In all cases, the beatmaker is initially the owner of his instrument but later on he will need to negotiate his package, and the proportion of his composer’s rights versus the totality of the author's rights, in order to protect himself financially.

De quoi dois-je me souvenir ?

Le beatmaking étant issu du rap, le beatmaker est à l'origine un compositeur de chansons de rap. Souvent confondu avec le producteur, le beatmaker en est un si, en plus, il accompagne et supervise les autres collaborateurs en studio, que ce soit sur le plan artistique ou financier. Il existe différentes façons de vivre du beatmaking - soit en créant ses propres projets, soit en vendant ses beats/type-beats sous différentes licences.

Plus d'informations sur le même sujet

Inscrivez-vous à notre newsletter pour recevoir nos dernières nouvelles, des articles de blog et des invitations personnalisées pour nos événements.

Thank you! You'll start receiving our content shortly.
Oops! Something went wrong while submitting the form.
Logo Bridger
© Tous droits réservés Bridger 2024